Flines « les » ou « lez »?

Les tenants de l’une ou l’autre orthographe défendent leur position en s’appuyant sur le fait que chacune des entrées de Flines possède une orthographe différente, à savoir : « Flines lez Râches » et « Flines les Râches ».

Dans ce cas, qui a tort ? Qui a raison ?

On peut rappeler que Flines est mentionné dans les documents suivants et apparaît sous diverses formes :

  928 : Fellinas (titre de l’abbaye de Beaulieu)

1158 : Felines (cartulaire du chapitre d’Arras)

1248 : Felines (cartulaire de l’abbaye de Flines)

1270 : Felines (id.)

1273 : Flines (id.)

1319 : Flines (id.)

Avant la révolution : Flines l’Abbaye

Après la Révolution jusque 1840 : Flines-lez-Marchiennes

Aujourd’hui : Flines-lez-Râches ou Flines-les-Râches

Il faut savoir que la préposition « lez » vient de lats (latus) du latin « lātus », ce qui signifie « à côté de ». Le second terme désigne en l’occurrence un lieu proche du précédent. Si l’on cherche le sens de Flines-lez-Râches en bas-latin, soit « figulinas latis rascia », on obtient la traduction suivante : « atelier de potiers près des marais ». Le premier terme est confirmé par le résultat des fouilles récentes. La commune de Flines-lez-Mortagne qui partage ce toponyme avec nous, a également révélé des fours de potiers dans son sous-sol. Ce toponyme qui nous a été transmis depuis une lointaine époque, est donc le témoin de l’activité économique de la commune pendant l’Antiquité. Quant aux marais, il suffit pour s’en convaincre, d’examiner une carte de l’IGN (Institut Géographique National) ou une ancienne carte d’état-major pour relever les noms des différents marais que l’on trouve dans un acte de donation de la comtesse de Flandre, Marguerite de Constantinople, en 1244.

N’en déplaise donc aux partisans du « les », c’est le « lez » qui est correct d’un point de vue linguistique. On a d’ailleurs gardé cette orthographe plus longtemps que dans d’autres mots pour le différencier de l’article « les », et ce jusqu’au XIIIe siècle. Le « z » se prononçait [ts] à l’époque, comme en allemand encore aujourd’hui. C’est à ce moment qu’il s’est réduit à « s » comme presque toutes les consonnes finales.

La Poste a retenu l’orthographe « Flines lez Râches » sans trait d’union afin d’uniformiser les graphies et faciliter ainsi le traitement mécanisé des courriers. Il va de même pour l’annuaire téléphonique.

Monique Heddebaut

Juillet 2008